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Freelance ou salarié : quelles différences ?

Vous souhaitez peut-être vous mettre à votre compte et vous vous demandez si être freelance est bien ce que vous recherchez ? Des différences considérables existent entre le statut d’indépendant et de salarié. Argent, temps, moyens, style de vie… Le degré de priorité accordé à ces facteurs diffère selon les personnes, cependant ils ont la même importance quand il s’agit de peser le pour et le contre. Dans cet article, nous allons nous attaquer aux idées reçues et à la réalité du terrain. C’est parti !

Les rentrées d’argent

Si nous sommes dans le cadre du travail, alors un mot doit venir spontanément à l’esprit : la rentabilité ! En effet, une activité professionnelle, quelle qu’elle soit, doit rapporter de l’argent. Sinon, cela s’appelle un hobby. Il est fondamental de souligner la différence tant cette notion peut devenir secondaire quand d’autres viennent en jeu : liberté d’action, possibilité d’aménager ses horaires… Hors, c’est le nerf de la guerre ! Certes chacun est libre de définir quel niveau de rentrée d’argent il ou elle souhaite avoir, mais sans chiffre d’affaires, pas de possibilité de payer ses charges (loyer, prêts divers…), de se faire plaisir (vacances ou autres) et encore moins d’investir (voiture, matériel…).

Un employé, qu’il soit ou non satisfait de son niveau de rémunération, touchera son salaire chaque mois, comme défini dans son contrat de travail. Un bonus, un intéressement, une prime annuelle peuvent s’ajouter à ce salaire mensuel.

Un indépendant, quant à lui, doit envisager ses rentrées d’argent de manière complètement différente. Premièrement, l’argent touché sur un mois correspond à des prestations effectuées parfois 1 à 2 mois en amont. Le délai moyen de paiement est généralement de 30 jours, mais il peut aller jusqu’à 45, voire 60 jours dans certains cas. Généralement, il s’agit de gros clients qui imposent leurs propres délais de paiement.

salaire

Sachez qu’il est possible, pour anticiper les rentrées d’argent, de demander des acomptes de paiement (généralement 30% à la commande). Dans tous les cas, il est important de toujours demander quels sont les délais de paiement d’une entreprise cliente avant de commencer un projet, afin d’éviter toute surprise désagréable.

Deuxièmement, certains mois peuvent être très bons (dans ces cas-là, il faut absolument penser à mettre une somme rondelette de côté, appelée fonds de roulement, une fois les charges diverses payées), tandis que d’autres mois pourront être mauvais, voire nuls, si aucun contrat n’est en cours ou si les missions sont effectuées mais pas encore rémunérées. Ainsi, il n’est pas rare d’avoir des mois très chargés en matière de travail effectif, avec un chiffre d'affaires peu élevé.

Ceci est une réalité, pourtant ce n’est en aucun cas dramatique si l’on apprend à bien gérer son affaire. Il faut avoir une certaine vue de son activité à moyen et long terme, avec des prévisions au moins sur 6 mois ou 1 an, de manière à lisser l’activité, s’assurer un minimum de revenus tous les mois, en trouvant ses missions en amont par exemple, et avoir les reins solides pour absorber les mois creux.

La situation la plus saine en théorie est d’avoir en permanence plusieurs contrats en cours, qui feront suite à d’autres, assurant ainsi une continuité de rémunération. Mais la réalité est contrastée et la crise du Covid (entre autres) a démontré que rien n’était acquis. Des missions réputées certaines peuvent être suspendues, décalées voire tout simplement annulées, menant à des situations complexes.

La gestion du temps

La gestion du temps, côté salarié

Un salarié travaille pour un volume d’heures mensuel défini dans son contrat (entre 35h et 39h à 100% en moyenne, en France). Les cadres ont une plus grande latitude dans leurs horaires, ils travaillent bien souvent plus tard le soir ou même les week-ends. Toujours est-il qu’eux aussi doivent respecter un minimum d’heures travaillées dans des plages d’horaires définis par leur employeur.

calendrier

La gestion du temps, côté freelance

Le freelance est libre de définir son temps de travail. Ainsi, dans le cas d’un parent d’un enfant en bas âge, il est possible (et légitime) de choisir de travailler à temps partiel, si la situation financière du foyer le permet.

Il faut toutefois garder à l’esprit qu’une personne travaillant seule doit assumer tous les postes de sa petite entreprise, c’est-à-dire qu’elle doit à la fois produire, mais également vendre, s’occuper de la comptabilité, sans oublier communiquer sur ses prestations… Autant dire qu’un freelance ne s’ennuie jamais, et qu’il se doit être très organisé dans sa gestion quotidienne.

Cela dit, l’un des gros avantages d’être à son propre compte, est de pouvoir aussi décaler son temps de travail : si vous décidez par exemple de prendre une matinée pour vous rendre chez le médecin en semaine, alors vous pourrez rattraper ce temps en soirée ou en week-end.

Les différences de disponibilités

Qu’en est-il de la disponibilité du travailleur indépendant face aux clients ? En théorie, il convient d’être très à l’écoute et de répondre aux demandes rapidement. Dans la réalité, il vous appartient de définir l'amplitude des plages horaires où vous êtes disponible.

Un agent immobilier freelance en pleine visite, ou un artisan installant une chaudière, par exemple, ne pourront pas répondre incessamment à leur téléphone, étant pourtant très sollicités. Il conviendra dans ce cas de figure de recontacter leurs prospects ou clients une fois le rendez-vous terminé, ou en soirée, lorsque la journée de travail “effectif” est terminée. Alors qu’un salarié, en théorie, sera tranquille chez lui, une fois rentré du travail.

La règle d’or

Le plus important pour un indépendant, encore plus que pour un salarié, est d’organiser son temps et ses tâches, par le biais de diverses méthodes ou divers outils en ligne. Des applications très simples telles que Trello (ou plus avancées telles que Asana) pour les tâches à accomplir, ou encore la méthode du Timeboxing pour gérer son temps, apportent une aide précieuse.

Les moyens matériels

En ce qui concerne le salarié, les moyens sont mis à disposition par l’employeur : bureau, ordinateur, téléphone, matériel de bureau, vêtements de travail, protections, badge, parfois portable ou voiture de fonction…

Qu’en est-il du freelance ? Il doit gérer ses propres moyens, de A à Z. Point final. Certaines activités permettent de se lancer rapidement, sans avoir beaucoup de charges, comme les métiers du digital. Il suffit parfois d’un ordinateur, d’un téléphone et d’une bonne connexion internet pour se lancer.

D’autres secteurs nécessitent plus de matériel. D’ailleurs plus l’on avance, plus le matériel devient lourd en matière d'investissements financiers : souscription à une licence professionnelle, achat d’une camionnette, location d’un local ou d’un garage, etc.

A noter qu’il est parfois possible de mutualiser les investissements, comme choisir de louer quelques jours par mois un bureau partagé (coworking) plutôt que d’avoir son propre bail, et ainsi réaliser des économies.

La protection sociale et la santé

Grâce aux diverses cotisations sociales retenues sur son salaire brut et versées par l’entreprise, un salarié bénéficie d’indemnités journalières en cas de maladie ou d’accident, de congés maternité ou paternité, de droits au chômage en cas de perte d’emploi et bien entendu de droits à la retraite en fin de carrière.

santé

De plus, il bénéficie de la couverture santé de son entreprise c’est-à-dire de la mutuelle d’entreprise, généralement très intéressante pour les employés.

Quid du freelance ? Vous trouverez toutes les informations détaillées et à jour sur le site du gouvernement ou sur le portail de l’auto-entrepreneur.

En résumé, sachez que :

  • Un indépendant paye des cotisations chaque mois en déclarant son chiffre d’affaires auprès de l’URSSAF. Le montant de ces cotisations varie en fonction du niveau de chiffre d’affaires déclaré. De ce fait, un auto-entrepreneur peut être pénalisé dans ses indemnités journalières, voire sa retraite, en cas de chiffre d’affaires peu élevé ou nul.
  • Avant 2018, les freelances étaient affiliés au RSI (Régime Social des Indépendants) mais sont aujourd’hui couverts par la SSI (Sécurité Sociale des Indépendants) elle-même reliée au régime général de la Sécurité Sociale.
  • Le travailleur freelance doit payer une assurance professionnelle chaque année et choisir sa propre mutuelle.
  • Les travailleurs indépendants ne cotisent pas pour le chômage, mais ont droit à la formation professionnelle en cotisant au CFP (Contribution pour la Formation Professionnelle).
  • La durée du congé maternité pour les femmes indépendantes est de 112 jours au total comme pour un salarié, tout en justifiant d’un minimum de 10 mois d’affiliation à une activité non salariée et étant à jour dans leurs cotisations.
  • Il est tout à fait possible et légal d’être travailleur salarié et auto-entrepreneur en même temps : dans ce cas de figure, votre activité indépendante devient une activité secondaire, ce qui vous permet de conserver votre couverture sociale du fait de votre emploi salarié.

Les types de mission

Dans le cas du salarié, les missions sont définies par le supérieur direct, dans le cahier des charges inclus au contrat.

Les missions peuvent être variées, peuvent même parfois dépasser le cadre initial, mais restent dans la majeure partie des cas inhérents au poste. Ainsi, un responsable marketing dans une structure moyenne pourra être amené à s’occuper du marketing pur (produits), mais également d’une partie de la communication interne ou externe, voire du digital avec le site internet de l’entreprise, etc. Des missions variées, mais somme toutes cohérentes.

Un indépendant définit lui-même ses missions. La grande différence est qu’il doit être à la fois gérant, comptable, commercial, communiquant, parfois RH en cas de recherche de stagiaire ! Certaines missions s'imposent d’elles-mêmes et le freelance ne peut s’y dérober (comme la comptabilité, même basique soit-elle).

Rassurez-vous, il est possible de se former ou d’acquérir certaines compétences avec l’expérience, d’utiliser des outils en ligne ou même de sous-traiter certaines actions. Tout est question de budget, de temps et d’appétence.

La liberté d’action et de décision

Peut-on dire qu’un salarié est libre de prendre des décisions lui-même ? Ici, tout dépend du type d’entreprise et du type de management. Si certains salariés n’ont absolument aucune latitude, d’autres peuvent avoir plus ou moins d’autonomie, en fonction de leur niveau de responsabilité et du budget qu’ils sont amenés à gérer. Ils peuvent par exemple être décisionnaires en matière d’achats (matériel, espaces publicitaires...).

À l’inverse, un indépendant peut-il décider de tout ? Dans l’absolu, oui.

Il peut choisir ses contrats, ses clients, sa manière de travailler, ses horaires, ses partenaires éventuels, ses achats et ses investissements. C’est d’ailleurs là l’un des principaux atouts par rapport à ce statut : le travailleur indépendant est son propre patron.

Il est vrai qu’il est assez jouissif d’avoir la possibilité de prendre part à divers projets, qui n’auraient pas forcément été validés dans la vie de salarié. On parle parfois de “side projects”, qui sont rattachés à l’activité indépendante principale ou non, comme proposer des services aux entreprises, et choisir de devenir formateur en parallèle.

Mais dans auto-entrepreneur, il y a “entrepreneur”, donc responsabilités. Si l’on pousse la réflexion un peu plus loin, l’on se rend compte que certaines limites à la liberté totale d’action persistent : ainsi, si le freelance est libre de choisir ses contrats, il ne pourra décemment pas refuser tous les contrats sous n’importe quel prétexte, surtout en lancement d’activité. Il faut décrocher des contrats, pour être rentable. Donc se montrer raisonnable. Ce qui ne veut pas dire tout accepter ! C’est justement là que se situera le point de bascule : jusqu’où accepter tel projet, et à partir de quand refuser tel autre contrat ?

Une chose est certaine : la chaîne de prise de décision est extrêmement courte dans le cas des freelances, et peut faire gagner énormément de temps en termes de réactivité, comparé à la même situation en entreprise, où le salarié doit attendre l’aval de une, parfois plusieurs personnes.

Les congés

Un salarié cotise tous les mois auprès de son employeur pour des jours de congés payés annuels (en moyenne 2,5 jours / mois). Ces jours doivent être dépensés avant une certaine limite de temps (qui varie selon secteur public ou privé) en faisant la demande auprès de son employeur.

Au-delà du crédit CP octroyé au salarié, et si celui-ci souhaite obtenir plus de congés, on parlera alors de congés sans solde, sans rémunération donc, voire même de disponibilités en cas de périodes longues, comme dans le secteur public.

Un freelance quant à lui, se doit d’envisager les congés d’une tout autre manière. Pour commencer : pas de congés payés. Ainsi, le coût inhérent aux vacances doit être inclus dans les tarifs de rémunération, en amont des projets.

Le positionnement prix est un sujet relativement complexe et sensible pour les indépendants. Il diffère selon le domaine d’activité, la zone géographique et l’expertise sur le domaine de prestations proposées.

Cela dit, le tarif proposé, qu’il soit à l’heure (temps passé) ou à la prestation (forfait), doit inclure en plus des charges classiques (loyer, remboursement de prêts, charges sociales…) un pourcentage que le professionnel doit mettre de côté pour avoir la possibilité financière de prendre des congés.

Comment tester une activité freelance ?

Si vous êtes salarié et songez à vous lancer en tant que freelance, pensez à la solution transitoire qui consiste à tester votre activité en dehors de vos heures de travail, les soirs de semaine ou le week-end, voire pendant vos congés. Dit comme cela, cela paraît quasi impossible car les journées sont déjà longues et fatigantes. Reste ensuite à gérer la famille, la maison, potentiellement se reposer… N’oubliez pas la force de votre motivation ! Si un projet vous tient vraiment à cœur, vous saurez trouver le temps et l’énergie nécessaires pour vous y atteler. Cela permet de réellement tester le marché, de voir si vous êtes capables de travailler seul et de définir si ce type de vie professionnelle vous convient. Avant de complètement sauter le pas !

Une deuxième solution consiste à négocier un temps partiel à 60% ou 80% sur votre poste salarié, afin de travailler à temps partiel sur votre projet freelance. Ainsi, vous profitez encore de la protection sociale de votre employeur et d’une partie de votre salaire, mais gardez à l’esprit que votre crédibilité est engagée et qu’un retour en arrière est rarement envisageable.

Pour finir, une nuance existe entre l’emploi salarié et le travail totalement indépendant. Cela s’appelle le portage salarial, et permet au freelance de conserver un contrat de travail dans une société de portage, qui prélève en contrepartie une commission sur les missions effectuées.

Conclusion

Pour résumer, être freelance, c’est une aventure à part entière, tout simplement une autre façon de vivre et de travailler !

Si vous faites le choix de vous lancer en tant qu’indépendant, il vous appartiendra de définir votre style de vie, vos horaires, vos tarifs, vos prestations, etc. Ce que vous êtes prêt à accepter ou ce que vous devrez refuser, afin d’atteindre le fameux “work-life balance”.

Une chose est sûre : il y a un “avant” et un “après”, comme en témoignent certaines personnes ayant opté pour ce choix.